Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L’Afrique inquiète souvent les expatriés

Le continent africain est considéré comme « à part » par beaucoup d’entrepreneurs. Il inquiète par les risques qu’il peut comporter.

Victor est un expatrié français au Mozambique. Il était auparavant en poste en Asie. Il constate, entre ces deux affectations, trois différences dans son mode de vie. La vitesse d’abord. « En Asie, j’essayais de suivre mes clients. Ici, ce n’est évidemment pas le cas. Je les aide à décider. » La sécurité ensuite : « Jamais, en Asie, un policier ne m’a arrêté pour me demander de l’argent, histoire de se payer un Coca-Cola. »

Enfin, et c’est là pour Victor la différence essentielle, « en Afrique, il est compliqué pour une famille de trouver deux emplois. En Amérique latine ou en Asie, les couples d’expatriés peuvent espérer chacun un travail. Ici, c’est pratiquement impossible. Or, aujourd’hui, une épouse n’est pas prête à laisser tomber son métier. On peut la comprendre, car le retour en France est difficile avec un seul salaire. »

DE NOUVEAUX PAYS S’INTÉRESSENT À L’AFRIQUE

Résultat, les entreprises ont du mal à trouver des jeunes cadres pour s’expatrier en Afrique. Même à l’Agence française de développement (AFD), dont le cœur de métier se situe justement en Afrique, un des cadres constate : « Désormais, ce sont souvent des célibataires qui acceptent de s’expatrier en Afrique. »

Pourtant, depuis une décennie, le continent est en pleine croissance minière et pétrolière. Il a besoin de diplômés. « On constate le retour de nombreux cadres de la diaspora africaine vers leur pays d’origine. Car, contrairement à ce que l’on pense, les gens préfèrent travailler chez eux », constate Henri-Bernard Solignac-Lecomte, à l’OCDE.

De nouveaux pays s’intéressent à l’Afrique. L’Australie, par exemple, dont les compagnies minières s’implantent sur le continent. Chaque été, depuis trois ans, une conférence sur l’Afrique se tient à Perth. L’Australie vient d’entrer à la Banque africaine de développement.

DES TURCS À NIAMEY

Au Niger, ce sont les Chinois et les Turcs qui se pressent. « 5 000 Chinois, contre 1 800 Français, vivent au Niger. On ne les voit pas, sauf au restaurant chinois. Ils vivent dans des camps gardés, travaillent dans l’uranium, le charbon et les travaux publics », constate Stéphane Jullien, un Français de Niamey. Les Turcs ont aussi débarqué à Niamey. « Ils sont musulmans et c’est un avantage ici. Ils travaillent dans le bâtiment et la santé. Le premier ministre turc est venu récemment en visite officielle. »

En trente-deux ans, Stéphane Jullien a vu le continent changer. « J’ai connu l’Afrique de papa. Aujourd’hui, on se sent moins à l’aise. » Lui se considère comme « un Français de l’étranger », une position différente de celle d’un expatrié, envoyé par sa société. « Les expatriés sont sous protection. Mais souvent, les familles ont du mal à s’adapter et veulent partir. Il faut être solide ici, et un peu mercenaire », estime-t-il.

UNE DESTINATION TOURISTIQUE ?

Comme destination touristique, « l’Afrique attire toujours, notamment l’Afrique du Sud, le Kenya, le Sénégal ou le Cap-Vert, rappelle Jean-François Rial, président de Voyageurs du monde. Il y a, bien sûr, un vrai problème dans la zone sahélienne. 25 000 touristes y partaient en trekking il y a encore deux ans. »

Son agence travaillait au Cameroun jusqu’en 2011. « Cette région est peu connue et exceptionnelle en termes de flore et de faune. Il n’y avait jamais eu d’incidents sur cette zone. C’est sans doute pour cela que jusqu’à il y a deux jours, le Quai d’Orsay n’avait pas classé en rouge la région où a disparu cette famille. »

Pierre COCHEZ

La Croix

Tag(s) : #Expatriés

Partager cet article

Repost 0