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Le calvaire des petites servantes d’Abidjan.

Elles sont les ‘’aides de camp’’ des femmes au foyer trop absorbées par leurs activités professionnelles pour s’occuper de certaines tâches ménagères. Elles, se sont les petites servantes d’Abidjan, les nounous, les bonnes comme certains continuent de les appeler. Nous les avons rencontrés et leur existence n’est pas du tout rose !

Filles exploitées à tous les niveaux

Dans un supermarché d’Abidjan la capitale Ivoirienne on peut lire cette petite annonce : ‘’jeune fille sérieuse, sachant faire la cuisine et gentille chercher un emploi de garde d’enfant ou servante. Contactez l’agence au 09…….’’. Ce type d’annonce qui est souvent visibles à tous les coins de rue d’Abidjan est placardé par des agences de placement de personnel de maison. C’est généralement à ces agences que les filles désœuvrées s’adressent en vu de trouver un boulot chez les familles aisées de la ville. Malheureusement c’est à partir de la prise de contact avec l’agence que les problèmes commencent. Souvent illettrées et de milieux défavorisés, elles apposent sans le savoir une croix ou un semblant de signature sur des documents qui font d’elles de véritables esclaves. Pour un salaire qui excède rarement les 50.000 f CFA, l’agence ou les démarcheurs percevront entre 25 et 35 % chaque mois. La jeune fille travaille finalement pour 25.000 à 35.000 pour 30 jours ! Une fois l’employeur trouvé les problèmes ne s’arrêtent pas et Mélanie, une servante à Cocody Sainte-Marie nous en parle dans un français bricolé pour la circonstance. « Vraiment travail de servante, si tu n’es pas courageuse tu ne peux pas faire ça ! Tu peux tomber sur n’importe qui : des personnes qui sont gentilles, d’autres méchantes. Tu travailles de 4 h 30 jusqu’à ce que tout le monde dorme et ce n’est pas tout il y d’autres problèmes ». A ce niveau de notre échange c’est Blandine Koffi qui une garde-bébé qui témoigne. « Si tu es un peu joli c’est fini ! Si ce n’est pas le patron qui met sa main dans ton soutien-gorge et tape tes fesses du matin au soir, se sont ses enfants qui veulent faire ‘’chat noir’’ sur toi la nuit ! » Le mot est lâché la pratique du ‘’chat noir’’ ou le harcèlement sexuel à haute intensité des nounous. Notre micro tendu vers les populations et nous nous rendons compte que le phénomène est bien connu. « Le chat noir désigne le mari ou les enfants de la maison qui la nuit tombée rampe pour tenter d’abuser des filles de ménage une fois la maitresse de maison endormie. Si elle ne cède pas, se sont les menaces ou le renvoi » nous explique Kablan un démarcheur. Malheur pour la jeune fille si à tord ou à raison la maitresse de maison soupçonne une relation entre elle et le mari. La tension s’installe et le plus souvent les jeunes filles sont battues. Savanneh Glwadis qui est aujourd’hui une tranquille vendeuse dans un magasin sait ce que peut être la furie d’une maitresse de maison cocufiée. « Je cherchais un peu d’argent pour payer des cours de formation qualifiante et j’ai commencé à travailler chez une dame. Elle croyait que je couchais avec son mari. D’injures en injures elle est arrivée à me percer la tête avec le talon de sa chaussure ! J’ai souffert longtemps de problème à la tête : le monsieur a présenté des excuses à ma famille et m’a soigné mais jusqu’à ce jour sa femme est convaincue que j’avais une relation avec son homme ».

« Nous sommes aussi des hommes »

Violentées, affamées, jalousées par leurs employées, les servantes doivent se battre souvent pour manger et toucher leurs salaires à la fin du mois. Cocody, Yopougon, Port-Bouët… à chaque quartier ses réalités, à chaque fille son histoire mais dans l’ensemble on retiendra que des traitements inhumains sont souvent réservés aux jeunes filles. Bien sûr certaines d’entre elles s’illustrent négativement en commettant des peccadilles qui obligent les employés à retenir leurs salaires. Les autorités Ivoiriennes et les ONG conscientes des difficultés que vivent ces filles ont sommé les agences d’observer certaines règles. Il est désormais interdit aux agences et aux employeurs de faire travailler des mineurs et d’appliquer des sévices corporels aux jeunes filles. En cas de violation de ces principes elles peuvent porter plainte. Encore faut-il que les autorités policières leurs reconnaissent des droits dans la mesure où elles partent défavorisées face à leurs ‘’bourreaux’’ ! Ce combat pour la reconnaissance des droits des servantes est à mettre à l’actif de l’AIDF (Association Ivoirienne pour les Droits de la femme) de Dame Constance Yahi. L’AIDF continue la sensibilisation à tous les niveaux pour que les filles de ménage soient traitées comme des êtres humains et non comme des esclaves. « Je crois qu’il est très dangereux de maltraiter ces filles car elles tiennent la vie de toute la famille entre leurs mains » affirme Kouassi Hugues assistant social. « Elles font la cuisine pour toute la maison, elles gardent nos enfants et les accompagnent à l’école…Imaginez vous si elles sont habitées par le désire de se venger à la suite d’un mauvais traitement : il suffit d’une substance nocif dans une seule sauce et c’est le malheur ! » nous explique Kouassi Hugues. Pour l’assistant social, la meilleure manière de faire de ces filles des personnes vraiment utiles c’est de les traiter dignement. « Chaque fille qui nait dans une famille est appelée à devenir demain quelqu’un au service d’une famille ou même d’une entreprise. A ce titre chaque femme est quelque part une servante potentielle. Alors faites à la fille d’autrui ce que vous voulez pour votre propre fille » conclu-t-il.

SUY Kahofi

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